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Une fois de plus, c’est le père Blanche qui est désigné pour cette mission et, en août 1902, une longue odyssée commence pour lui. Après des démarches peu fructueuses au sud des États-Unis, il vient à Québec, où les évêques assistent à une réunion du Conseil de l’instruction publique, et il y rencontre notamment Mgr André-Albert Blais, évêque de Rimouski, et Mgr Michel-Thomas Labrecque, évêque de Chicoutimi, qui tous deux manquent de prêtres dans leur diocèse. Le père Blanche doit toutefois quitter Québec sans avoir conclu d’entente définitive, afin d’assister à la rentrée des classes au collège de Versailles. Il entreprend en novembre un nouveau voyage d’exploration en Amérique et, jusqu’au début de 1903, il continue à rencontrer et solliciter les évêques de l’Ouest canadien et américain ; la visite de ces contrées lui permet d’y évaluer la situation, mais aussi de se rendre compte que l’ignorance des langues anglaise et allemande est un obstacle à l’obtention de nouveaux postes. Les démarches du père Blanche au cours des années 1902 et 1903 vont quand même porter fruit : dans la province de Québec, les eudistes trouvent des postes de professeurs aux séminaires de Chicoutimi, de Rimouski et au collège de Valleyfield, et ils se voient confier le pèlerinage de Pointe-au-Père, près de Saint-Germain-de-Rimouski (Rimouski), une paroisse à Chicoutimi et la préfecture apostolique du golfe Saint-Laurent ; au Nouveau-Brunswick, ils prennent en charge les missions de Rogersville et de la réserve indienne de Tobique ; enfin aux États-Unis, ils obtiennent la paroisse de Woonsocket dans le Dakota du Sud. Certains reprocheront au père Blanche d’avoir accepté trop vite et au petit bonheur ce qu’on lui proposait. Une fois de plus, il faut se rappeler que la situation en 1902–1903 offrait peu d’issues et les directives des supérieurs de la congrégation étaient claires : « Nous n’avons pas à choisir, et partout où on acceptera nos Pères, nous devrons les envoyer pour leur procurer du travail et du pain. » Après un bref passage en France afin de rendre compte de sa mission, le père Blanche est de retour au Canada en août 1903 pour préparer la venue des exilés. Il doit aussi s’occuper de la préfecture apostolique du golfe Saint-Laurent qui a été confiée à la congrégation des eudistes par un décret de la Propagande le 13 juillet 1903 et dont il a reçu la direction. Il fixe sa résidence à Chicoutimi, où il restera jusqu’en 1905, et c’est là, dans l’église qu’il avait contribué à fonder et à construire, qu’il sera intronisé évêque titulaire de Sicca-Veneria et vicaire apostolique du golfe Saint-Laurent le 18 octobre 1905. Dès ce moment, Mgr Blanche annonce son intention de s’installer définitivement sur la Côte-Nord. Il passe le premier hiver à Pointe-aux-Esquimaux (Havre-Saint-Pierre), puis en 1906 il décide de s’établir à Sept-Îles, dont il veut faire le centre du vicariat. Dès septembre 1903, une première tournée de la région lui avait permis de se rendre compte des défis liés à sa tâche : la vaste étendue du territoire et la rigueur du climat, la difficulté des communications et les missions isolées à desservir, les services liturgiques à offrir et les coûts à fixer, les chapelles à réparer et à construire, entre autres choses. En tant que vicaire apostolique, Mgr Blanche commence un nouveau cycle de vie. L’année se partage en deux. De la fermeture de la navigation en novembre jusqu’à la réouverture en avril, la région est à peu près complètement coupée du reste du monde, et les communications entre les différents postes sont difficiles et même périlleuses. L’isolement et l’inactivité pèsent alors au vicaire apostolique, mais à partir d’avril la vie, les déplacements et les activités peuvent reprendre. Mgr Blanche essaie d’assister le plus régulièrement possible aux séances du Conseil de l’instruction publique et d’y défendre les intérêts des écoles de la région. Il réussit à faire augmenter la subvention qui leur est accordée, mais la situation n’est pas facile. Les écoles sont souvent en mauvais état et l’instruction est très en retard. La population est pauvre et n’a pas beaucoup d’intérêt pour l’éducation, ce qui explique que les parents s’inquiètent peu de l’assiduité de leurs enfants à l’école. Le recrutement du personnel est aussi très difficile. Les étés sont consacrés à la visite des différents postes qui composent le vicariat, même les plus éloignés, où il prêche, confesse et donne la confirmation. Tout au long de ses années comme vicaire apostolique, Mgr Blanche défend avec énergie les intérêts de la Côte-Nord auprès des autorités de la congrégation. Sa correspondance montre qu’il a plusieurs démêlés avec l’administration provinciale, entre autres parce que le personnel eudiste de la Côte-Nord relève du provincial et non du vicaire. Il ne cesse de réclamer du personnel qui corresponde au besoin des missions et il essaie de faire valoir que cette pénurie de personnel l’empêche de remplir ses fonctions en tant que vicaire, mais sans résultat. En 1915, Mgr Gustave Blanche décide d’aller défendre les intérêts du vicariat devant le conseil général de la congrégation. La guerre en Europe l’oblige à différer ses projets jusqu’en 1916. Le 27 juillet, l’avant-dernière journée de l’assemblée générale, Mgr Blanche, après lecture du rapport qu’il a préparé, est victime d’une crise cardiaque ; il meurt quelques heures plus tard. Micheline Laliberté Gustave Blanche est l’auteur de « Une première visite du préfet apostolique de la Côte-Nord », les Saints Cœurs de Jésus et de Marie (Abbeville, France), 25 (1903–1904) : 80–90, 111–117. Arch. départementales, Morbihan (Vannes, France), État civil, Josselin, 1er mai 1848.— Arch. des Pères eudistes (Charlesbourg, Québec), AG-3.1, lettre circulaire du P. Le Doré, 4 déc. 1904 ; AP-1.1, actes du conseil provincial, 30 juill. 1913 ; AP-7.2.1, Blanche à Le Doré, 14, 28 août, 24 déc. 1902, 5, 19 mars, 12 août, 8 sept. 20 nov. 1903 ; AP-7.2.2, Blanche à Le Doré, 5 juin 1905 ; OE-S1, Le Doré à Lecourtois, 20 nov. 1902 ; Blanche à Lecourtois, 4 mars 1906, 15 janv. 1907 ; OEC1-1.1.4, Blanche à M. le rédacteur, 22 nov. 1890 ; OEC1-1.2.3, Blanche à Le Doré, 16 janv. 1899 ; OEC1-1.7.1, Blanche à Le Doré, 12 sept. 1890 ; OEC1-1.7.2, Morin à Cochet, 13 oct. 1890 ; Morin à Le Doré, 30 oct. 1890 ; Blanche à Le Doré, 27 juill. 1893 ; Cochet à Le Doré, 28 déc. 1894 ; OEC 1-1.7.3, Blanche à Le Doré, 8 janv. 1895 ; OEC1-2.1.1, Blanche à Le Doré, 17 janv. 1896, 29 juin 1897 ; OEC1-2.2.2, conseil généralice, procès-verbaux, 12 août 1890, 4, 12 avril 1893, 1894, 1895 ; OEP4-2.1.3, Gustave Blanche, « les Origines de la paroisse de Chicoutimi (1902–1905) » ; OEP4-3.6.2, Blanche à Dréan, 12 janv. 1906 ; OEV1-1.1, rapport général, 1909–1910, 1910–1911, 1914–1915 ; PR-09.3.1, fonds Alexandre Braud ; PR-79.3, Blanche à Le Doré, 19 mars 1906, 15 janv., 28 août 1907, 3 nov. 1911, 1er déc. 1912, 25 mars 1915 ; PR-79.4 : lettres circulaires du P. Blanche, 15 nov. 1903, 6 janv. 1904 ; PR–79.6, Blanche à Lebrun, 26 déc. 1916. Le Soleil, 28 juill. 1916.— « Assemblée générale de la Congrégation de Jésus et de Marie, 23–28 juillet 1916 », les Saints Cœurs de Jésus et de Marie (Besançon, France), 37 (1916) : 329s.— B.-J. Babin, Entre le marteau et l’enclume ; Pierre-Marie Dagnaud à la Pointe-de-l’Église, Nouvelle-Écosse, 1899–1908 : une page de l’histoire religieuse de l’Acadie au tournant du siècle (Charlesbourg, 1982).— Conventions nationales des Acadiens, Recueil des travaux et délibérations des six premières conventions, F.-J. Robidoux, compil. (Shédiac, N.-B., 1907).— Louis Garnier, Du cométique à l’avion ; les pères eudistes sur la Côte-Nord (1903–1946) (Québec, 1947).— Émile Georges, Mgr Gustave Blanche, C.J.M., évêque de Sicca, premier vicaire apostolique du golfe Saint-Laurent et du Labrador (1848–1916) (Bathurst, N.-B., 1923).— [Georges de La Cotardière], la Congrégation de Jésus et Marie (eudistes) au Canada : cinquante ans, 1890–1940 ; notes et souvenirs (Besançon, 1946).— Micheline Laliberté, « l’Odyssée du père Gustave Blanche », Rev. de l’univ. Sainte-Anne (Pointe-de-l’Église [Church Point]), 1994 : 56–77 ; 1995 : 1–17.— Guy Laperrière, « l’Arrivée des eudistes au Canada, 1890–1920 », dans Une dialectique du pouvoir en Acadie, Église et autorité, sous la dir. de G.-C. Boudreau ([Montréal], 1991), 127–156 ; « Persécution et Exil » : la venue au Québec des congrégations françaises, 1900–1914 », Rev. d’hist. de l’Amérique française (Montréal), 36 (1982–1983) : 389–411.— René LeBlanc et Micheline Laliberté, Sainte-Anne, collège et université, 1890–1990 (Pointe-de-l’Église, 1990).— Clarence LeBreton, le Collège de Caraquet, 1892–1916 (Hull, Québec, 1991).— « Lettre du très honoré père Le Doré, supérieur général des eudistes, Paris, décembre 1893 », le Saint Cœur de Jésus (Abbeville), 15 (1893–1894) : 68–75, 99–105.— « Monseigneur Gustave Blanche, évêque de Sicca » et « la Pointe aux Esquimaux : quelques nouvelles », les Saints Cœurs de Jésus et de Marie, 37 : 364–367 et 29 (1907–1908) : 314s., respectivement.— M. S. Spigelman, « Race et Religion : les Acadiens et la hiérarchie catholique irlandaise au Nouveau-Brunswick », Rev. d’hist. de l’Amérique française, 29 (1975–1976) : 69–85.— Léon Thériault, « l’Acadianisation de l’Église catholique en Acadie, 1763–1953 », dans les Acadiens des Maritimes : études thématiques, sous la dir. de Jean Daigle (Moncton, N.-B., 1980), 293–369.— Marcel Tremblay, 50 ans d’Éducation catholique et française en Acadie : Caraquet, 1899–Bathurst, 1949 (Bathurst, 1949).
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